Stellantis : la voiture électrique est-elle un bouc émissaire pour masquer des difficultés structurelles ?

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La voiture électrique, un bouc émissaire commode ?

La voiture électrique est souvent pointée du doigt. Récemment, à la suite de l’annonce de charges exceptionnelles colossales s’élevant à 22 milliards d’euros, la direction de Stellantis a semblé désigner la transition vers l’électrique comme principal responsable. Cette justification interroge. Si le virage électrique représente un défi industriel et financier majeur pour tous les constructeurs, son invocation comme unique explication à des difficultés aussi massives mérite une analyse plus approfondie. Ne sert-il pas parfois de coupable trop facile, permettant d’occulter des problèmes de fond qui pourraient être liés à la stratégie, à l’organisation ou à la compétitivité du groupe lui-même ?

Peugeot E-408 stationnée

Au-delà de la transition : les défis spécifiques de Stellantis

La mutation du secteur automobile est une réalité incontournable. Les investissements requis pour développer de nouvelles plateformes, sécuriser des chaînes d’approvisionnement en batteries et répondre à une réglementation environnementale de plus en plus stricte pèsent lourdement sur les bilans. Cependant, ces contraintes sont communes à l’ensemble de l’industrie. Les charges exceptionnelles annoncées par Stellantis, d’une ampleur remarquable, suggèrent que des facteurs internes spécifiques amplifient la pression.

La complexité issue de la fusion entre PSA et Fiat Chrysler Automobiles pourrait être un élément clé. L’intégration de cultures d’entreprise différentes, la rationalisation de gammes de produits très vastes et l’harmonisation des processus industriels à l’échelle mondiale sont des chantiers titanesques. Les coûts et les délais associés à cette intégration peuvent générer des frictions et des inefficacités qui se traduisent en pertes financières. Pointer uniquement l’électrification permet peut-être de détourner l’attention de ces difficultés opérationnelles héritées de la fusion.

La question de la compétitivité et du positionnement marché

Un autre angle d’analyse concerne le positionnement commercial et la compétitivité des modèles. Le marché de la voiture électrique est devenu férocement concurrentiel, avec l’arrivée agressive de constructeurs, notamment chinois, proposant des véhicules technologiquement avancés à des prix très compétitifs. Dans ce contexte, la réussite ne dépend pas seulement de la capacité à produire un véhicule électrique, mais à produire un véhicule électrique désirable, performant, bien connecté et offert à un prix attractif.

Les retards éventuels dans le développement de technologies clés (comme les plateformes dédiées à l’électrique de dernière génération, les logiciels embarqués ou l’expérience utilisateur), ou des erreurs de pricing, peuvent conduire à des ventes décevantes et à des stocks importants. La nécessité de lancer des opérations de rabais agressives pour écouler ces stocks entame directement la rentabilité. Ces problématiques de marché et de produit sont distinctes, bien que liées, du simple coût de la transition énergétique.

Une communication stratégique autour d’un récit externe

D’un point de vue communication, invoquer la voiture électrique comme cause première présente des avantages. Cela construit un récit simple et compréhensible pour les investisseurs et le public, centré sur un défi externe et partagé par tous. Ce récit minimise la perception de risques ou d’échecs spécifiques à la gestion interne de Stellantis. Il cadre les difficultés comme une tempête sectorielle à traverser, plutôt que comme le résultat de décisions stratégiques contestables.

Cette narration peut servir à fédérer en interne (« nous sommes tous dans le même bateau face à ce défi industriel ») et à apaiser temporairement les actionnaires en reportant la responsabilité sur des forces macroéconomiques et réglementaires jugées incontrôlables. Elle peut aussi être utilisée comme levier dans les discussions avec les gouvernements et les instances européennes pour réclamer un ralentissement des normes ou un soutien financier accru.

Regarder l’avenir : intégration et agilité comme clés

Pour surmonter cette période complexe, Stellantis ne pourra pas se contenter de blâmer un contexte difficile. La clé de la résilience résidera dans sa capacité à accélérer l’intégration réussie de ses entités, à rationaliser ses coûts structurels avec plus d’agilité et à innover rapidement sur les produits et services que demandent les clients de la mobilité de demain. L’électrification n’est qu’une dimension de cette transformation ; la numérisation, les nouveaux modèles économiques comme le software-as-a-service, et l’efficacité opérationnelle globale sont tout aussi critiques.

En conclusion, si la voiture électrique représente un défi financier réel, son rôle de « coupable idéal » dans la communication de Stellantis doit être interrogé. Derrière ce récit se cachent probablement les douleurs de croissance d’un géant né d’une fusion, les défis d’un positionnement sur un marché électrique hyper-concurrentiel et la nécessité d’une transformation plus profonde que le simple changement de motorisation. La santé future du groupe dépendra de sa capacité à adresser ces problèmes structurels, au-delà du discours sur la transition énergétique.

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