Peut-on encore sauver la production automobile en Europe ?
Le cri d’alerte des constructeurs retentit dans les couloirs du pouvoir européen. Dans une lettre adressée aux dirigeants de l’Union européenne, et tout particulièrement à Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission, les grands noms de l’industrie automobile ont exprimé une inquiétude profonde quant à l’avenir de leur secteur sur le continent. Cette missive intervient dans un contexte de défis multiples, où la transition énergétique, la concurrence internationale et les coûts de production menacent de redessiner la carte mondiale de l’automobile.

Les racines d’une crise annoncée
La pression sur la production automobile européenne n’est pas un phénomène nouveau, mais elle a atteint un paroxysme. Plusieurs facteurs convergents expliquent cette situation critique. Tout d’abord, le coût de l’énergie, structurellement plus élevé en Europe que chez certains concurrents directs, grève la compétitivité des usines. Ensuite, le cadre réglementaire, bien que visant une transition verte nécessaire, est perçu comme complexe et parfois contradictoire, créant une insécurité juridique pour les investissements à long terme. Enfin, l’arrivée massive de véhicules électriques à bas coût en provenance d’Asie, soutenus par des aides d’État substantielles, bouleverse le marché et met sous tension les fabricants historiques.
La transition électrique, un défi à double tranchant
L’électrification du parc est une opportunité majeure pour réduire les émissions, mais elle représente également un gouffre financier et technologique. Les constructeurs européens doivent investir des dizaines de milliards d’euros pour développer de nouvelles plateformes, sécuriser des chaînes d’approvisionnement en batteries et reconvertir leurs sites de production. Cette course effrénée se déroule alors que la demande sur le continent marque le pas, les incitations à l’achat diminuant dans plusieurs pays clés. Le risque est de voir une partie de la valeur ajoutée et des emplois qualifiés se déplacer hors d’Europe, suivant les gigafactories de batteries et les fournisseurs de composants critiques.
Les demandes concrètes des industriels
Dans leur lettre, les constructeurs ne se contentent pas de sonner l’alarme. Ils formulent des demandes précises aux institutions européennes. Parmi elles, une simplification et une harmonisation des règles concernant les émissions de CO2, une accélération du déploiement des infrastructures de recharge, et des mesures de protection contre les importations qui ne respecteraient pas les mêmes standards environnementaux ou sociaux. L’objectif est clair : créer un « level playing field », un terrain de jeu équitable, qui permette à l’industrie européenne d’innover et de produire sans être désavantagée par des distorsions de concurrence.
Quel avenir pour le « made in Europe » ?
La sauvegarde de la production automobile en Europe n’est pas qu’une question économique ; c’est un enjeu stratégique de souveraineté industrielle. Elle concerne des centaines de milliers d’emplois directs et des millions d’emplois indirects dans un réseau dense de sous-traitants. La réponse des politiques sera déterminante. Elle devra concilier l’ambition climatique, la défense des intérêts industriels et la protection du pouvoir d’achat des consommateurs. Les prochains mois seront cruciaux pour savoir si l’Europe parviendra à orchestrer sa transition tout en préservant un pilier essentiel de son économie, ou si elle assistera, impuissante, à un déclin irrémédiable de sa capacité de production.