Le retour des berlines américaines
On dit souvent que l’histoire est un éternel recommencement, et l’industrie automobile n’y échappe pas. Au lendemain de la Grande Récession, les constructeurs américains avaient promis d’écouter les consommateurs en leur offrant davantage de petites voitures et de berlines. Les « Big Three » ont tenu ce cap pendant cinq ou six ans, avant de les abandonner sans ménagement au profit des SUV, bien plus rentables. Aujourd’hui, alors que les prix des véhicules neufs et de nombreux biens atteignent des sommets, il n’est guère surprenant de voir Detroit s’intéresser à nouveau aux berlines. Du moins pour l’instant.
Un changement de discours stratégique
Le président de General Motors, Mark Reuss, a récemment déclaré qu’il « tuerait pour avoir une berline hybride-électrique » et que GM « travaillait à la réalisation de cet objectif ». La solution ne devrait pourtant pas être si complexe. Il faut rendre hommage au PDG de Ford, Jim Farley, qui reconnaît que d’autres entreprises ont résolu cette équation il y a longtemps ; seuls les Américains semblent allergiques à cette solution.
« Le marché de la berline est très dynamique », a affirmé Farley lors du Salon de l’auto de Detroit. « Ce n’est pas qu’il n’y a pas de marché. C’est juste que nous n’avons pas trouvé le moyen d’être compétitifs et rentables. »
Stellantis et la quête d’une nouvelle offre abordable
Stellantis enquêterait également activement sur ce segment. Près de dix ans après la Chrysler 200 – une berline qui partageait sa plateforme avec la malheureuse Dodge Dart – le PDG de Chrysler, Chris Feuell, a évoqué l’an dernier une petite voiture à moins de 30 000 dollars qui serait « belle, amusante à conduire et aspirante ».

Les défis de la rentabilité face aux SUV
Le principal obstacle pour Detroit n’a jamais été la demande, mais la marge. Les SUV et les pick-ups génèrent des profits bien supérieurs par unité vendue. Dans un contexte économique tendu et avec la transition électrique, les constructeurs cherchent désormais à diversifier leur gamme pour toucher une clientèle plus large, notamment les jeunes acheteurs et les urbains pour qui un grand SUV n’est pas toujours adapté.
L’électrification, un levier pour relancer le segment
L’avènement des véhicules électriques pourrait être l’élément déclencheur de ce retour. Une plateforme électrique dédiée, plus simple et potentiellement moins coûteuse à produire en série, pourrait enfin permettre de construire des berlines compétitives et profitables. L’hybridation, comme le souligne Mark Reuss, est une autre piste immédiate pour répondre aux attentes du marché et aux normes environnementales.
Un pari risqué mais nécessaire
Le retour des berlines dans les catalogues américains n’est donc pas un simple caprice nostalgique, mais une manœuvre stratégique. Elle répond à une demande persistante, à une nécessité de compléter l’offre face à la concurrence étrangère et aux impératifs de la transition énergétique. La question reste de savoir si les constructeurs de Detroit sauront cette fois-ci s’engager sur la durée, ou si ce cycle sera à nouveau interrompu à la première baisse de rentabilité.
L’avenir des berlines « Made in Detroit » se jouera sur leur capacité à allier design attractif, technologies de pointe (notamment électriques) et un prix d’entrée de gamme accessible. Le succès ou l’échec de cette nouvelle tentative en dira long sur la capacité d’adaptation et de vision à long terme de l’industrie automobile historique américaine.