Mazda Infotainment : un potentiel gâché
La récente admission de Mazda concernant les faiblesses de son système d’infodivertissement a suscité de nombreuses réactions. Les retours des propriétaires sont partagés : certains se sont habitués à l’interface à molette après une période d’adaptation, tandis que d’autres, moins patients, ont même rendu des véhicules de location après avoir découvert l’absence d’écran tactile.
Ces témoignages sont entendus. Après avoir testé de nombreux modèles récents, comme le CX-90 Hybride Rechargeable 2026, le CX-70, le CX-50 Hybride, et avoir effectué un long traité estival dans un CX-90 à six cylindres turbo, une certitude s’impose. À force de passer des heures sur les différentes itérations du système, à mesure que les écrans grandissaient et que la résolution s’affinait, les pistes d’amélioration deviennent claires. Voici comment Mazda aurait pu rectifier le tir.
Conserver les commandes physiques
La première erreur n’était pas de devoir supprimer la molette de défilement, les boutons d’accès rapide ou le potentiomètre de volume. Tous ces éléments auraient pu être conservés. Il est vrai que les Mazda équipées des grands écrans de 12,3 pouces disposent bien d’un écran tactile. Cependant, cette fonctionnalité est désactivée dès que le véhicule n’est plus à l’arrêt et en dehors de l’interface Apple CarPlay. Les utilisateurs peuvent fouiller dans les menus pour réactiver le tactile en roulant, mais il reste alors limité à CarPlay.


Le problème fondamental : une logique à deux vitesses
Le défaut majeur réside dans cette dichotomie frustrante. Le système impose deux logiques d’utilisation distinctes et non complémentaires. D’un côté, une interface à molette conçue pour minimiser la distraction au volant. De l’autre, un écran tactile bridé, disponible seulement dans des conditions spécifiques. Cette division crée une expérience utilisateur hachée et contre-intuitive, obligeant le conducteur à constamment réévaluer la méthode de contrôle disponible.
Cette approche « au cas par cas » nuit à la fluidité. Imaginez devoir alterner entre une souris et un écran tactile sur votre ordinateur selon le programme ouvert. C’est exactement la sensation désagréable que procure ce système. La cohérence, pilier de toute interface réussie, est ici absente.
Quelles solutions simples ?
La correction n’aurait pas nécessité une refonte complète. Une première piste évidente aurait été d’autoriser le fonctionnement tactile complet en toutes circonstances, tout en laissant la molette comme alternative physique. Beaucoup de conducteurs préfèrent utiliser un écran tactile pour des actions rapides, comme taper une adresse à l’arrêt, puis se rabattre sur les commandes physiques une fois en route.
Une autre amélioration mineure mais significative aurait concerné la réactivité de la molette et la hiérarchie des menus. Un temps de réponse plus vif et une architecture logicielle plus intuitive, avec des accès directs aux fonctions principales, auraient grandement atténué la frustration. L’ergonomie ne se résume pas au hardware ; le software doit être pensé en symbiose avec celui-ci.
Une leçon pour l’industrie
Le cas du système infotainment de Mazda est un exemple frappant de comment un détail d’implémentation peut faire dérailler une philosophie par ailleurs louable. La marque partait d’une bonne intention : prioriser la sécurité en limitant les distractions. Mais en appliquant cette règle de manière trop rigide et en créant une expérience hybride mal intégrée, elle a finalement produit l’effet inverse : un système qui distrait par sa complexité même.
L’enseignement est clair. Dans la conception automobile moderne, l’utilisateur doit rester au centre. Cela implique de lui offrir des choix cohérents, une interface prévisible et la possibilité d’adapter l’usage à son contexte (à l’arrêt ou en mouvement). La recherche de la perfection ne doit pas sacrifier le pragmatisme et le plaisir de conduire, des valeurs pourtant chères à la philosophie Mazda.