Investir dans les infrastructures hydrogène pour camions : analyse et perspectives

Posted by

Faut-il encore investir de l’argent public dans les infrastructures hydrogène pour camions ?

Si le 100 % électrique semble être la technologie alternative qui prend le dessus, la filière hydrogène garde confiance. Cette question anime les débats sur la transition énergétique dans le secteur du transport routier de marchandises. L’investissement public dans les infrastructures dédiées aux poids lourds à hydrogène représente un enjeu économique, environnemental et stratégique majeur pour la décennie à venir.

Camion à hydrogène Hyliko sur une route

Le contexte technologique : hydrogène face à l’électrique à batterie

Le paysage des motorisations alternatives pour les camions est aujourd’hui dominé par deux technologies principales. D’un côté, l’électrique à batterie progresse rapidement, bénéficiant d’une infrastructure de recharge qui se densifie et de coûts en baisse. De l’autre, l’hydrogène, via la pile à combustible, promet une autonomie étendue et des temps de ravitaillement courts, similaires à ceux du diesel, pour les trajets longue distance et le transport intensif.

Cette compétition technologique place les décideurs publics devant un dilemme complexe. Faut-il concentrer les fonds sur une seule technologie, au risque de se fermer des options, ou maintenir un soutien à plusieurs filières pour garantir la résilience du système de transport ? Les partisans de l’hydrogène mettent en avant son potentiel pour décarboner les segments les plus difficiles à électrifier, où le poids et le volume des batteries deviennent prohibitifs.

Les arguments en faveur des investissements publics

Plusieurs raisons militent pour une continuation, voire une accélération, des investissements étatiques dans les infrastructures hydrogène pour camions. Premièrement, il s’agit d’une technologie stratégique pour la souveraineté industrielle et énergétique. Développer une filière nationale, de la production d’hydrogène vert à la construction de stations et de véhicules, peut créer des emplois et réduire la dépendance aux énergies fossiles importées.

Deuxièmement, l’hydrogène joue un rôle complémentaire à la batterie. Un réseau de stations hydrogène le long des autoroutes et dans les hubs logistiques permettrait de couvrir l’ensemble des besoins du transport routier, sans laisser de segments sans solution de décarbonation. Enfin, ces investissements initiaux sont souvent nécessaires pour amorcer le marché, attirer les investisseurs privés et faire baisser les coûts par les économies d’échelle, un phénomène bien connu dans le déploiement des nouvelles technologies.

Les critiques et les risques associés

Les détracteurs de ces investissements publics pointent du doigt plusieurs risques. Le principal concerne l’efficacité énergétique globale de la chaîne hydrogène, qui est aujourd’hui inférieure à celle de l’électrique direct. Une grande partie de l’énergie est perdue lors de la production, de la compression, du transport et de la conversion dans la pile à combustible. Investir massivement dans une infrastructure coûteuse pour une solution moins efficiente est donc contesté.

Le risque de « verrouillage technologique » est également évoqué. Engager des milliards d’euros publics dans un réseau de stations pourrait orienter le marché de manière irréversible, même si une technologie concurrente plus performante émergeait par la suite. Enfin, la question de la provenance de l’hydrogène est cruciale. Investir dans des infrastructures qui seraient alimentées par de l’hydrogène produit à partir d’énergies fossiles irait à l’encontre des objectifs climatiques.

Quel avenir pour la mobilité lourde à hydrogène ?

L’avenir de l’investissement public dans ces infrastructures dépendra de plusieurs facteurs clés. La baisse du coût de l’hydrogène vert, issu d’énergies renouvelables, est un prérequis absolu. Les progrès technologiques sur la durée de vie et le coût des piles à combustible seront également déterminants pour la compétitivité totale du camion à hydrogène.

Une approche pragmatique pourrait consister à cibler les investissements publics sur des corridors spécifiques, denses en trafic de poids lourds, pour démontrer la viabilité technico-économique avant un déploiement massif. Le succès des premiers projets pilotes et l’engagement clair des constructeurs et des transporteurs seront des signaux forts pour justifier, ou non, la poursuite des efforts financiers de la collectivité.

En définitive, la question ne se résume pas à un simple choix binaire. Il s’agit plutôt de définir le dosage et le calendrier optimaux des investissements, en les conditionnant à des critères de performance environnementale stricte et en les intégrant dans une vision systémique de la transition du transport de marchandises.

Leave a Reply

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *