Lamborghini abandonne son projet de voiture électrique
Dans une décision qui marque un tournant stratégique, Lamborghini a officiellement annulé le développement de sa première voiture 100 % électrique. Cette réorientation majeure intervient après une évaluation approfondie des attentes de sa clientèle et des réalités du marché des véhicules ultra-performants. Le constructeur italien, réputé pour ses moteurs thermiques à la sonorité caractéristique et aux performances explosives, fait face à un dilemme moderne : concilier l’électrification imposée par les réglementations et l’ADN émotionnel qui définit la marque depuis des décennies.
Les raisons d’un revirement stratégique
La décision de Lamborghini repose principalement sur les retours de sa clientèle fidèle. Les acheteurs de la marque aux taureaux expriment une préférence marquée pour l’expérience sensorielle unique offerte par les moteurs à combustion interne. Le rugissement du V10 ou du V12, les vibrations transmises par le châssis, et le rituel des passages de vitesses manuelles ou à double embrayage font partie intégrante de l’expérience de conduite d’une Lamborghini. Les études de marché et les consultations directes avec les clients ont révélé que ces éléments émotionnels risquaient d’être considérablement atténués, voire perdus, dans une transition vers une propulsion exclusivement électrique.
Par ailleurs, le segment des supercars électriques présente des défis techniques et économiques spécifiques. Le poids des batteries, crucial pour l’autonomie, entre en conflit direct avec les exigences de dynamique, d’agilité et de tenue de route qui sont la signature des modèles de Sant’Agata Bolognese. Atteindre des performances équivalentes avec une motorisation électrique nécessiterait des solutions technologiques extrêmement coûteuses, ce qui se répercuterait sur le prix final, potentiellement au-delà des seuils acceptables même pour cette clientèle fortunée.
L’impact sur la feuille de route électrique du groupe Volkswagen
Lamborghini, filiale du groupe Volkswagen, suivait initialement la stratégie d’électrification du géant allemand. L’abandon de ce projet 100% électrique souligne les difficultés à appliquer une stratégie uniforme à l’ensemble des marques d’un conglomérat, surtout lorsque ces marques possèdent des identités et des marchés aussi distincts et niche. Cette décision pourrait inciter d’autres constructeurs de véhicules de très haut de gamme et de sportifs à reconsidérer le rythme et la nature de leur transition.
Cela ne signifie pas pour autant que Lamborghini tourne le dos à toute forme d’électrification. La marque reste engagée dans la technologie hybride rechargeable, comme en témoignent les récents modèles Revuelto (remplaçant de l’Aventador) et le futur Urus PHEV. Cette voie hybride permet de répondre partiellement aux normes d’émissions tout en préservant le cœur thermique et l’expérience de conduite qui font la renommée de la marque. Il s’agit d’un compromis technologique qui semble mieux correspondre aux attentes actuelles de sa clientèle.
Les conséquences pour le marché des supercars
Le retrait de Lamborghini de la course au tout-électrique laisse le champ relativement libre à des concurrents comme Rimac, Pininfarina, ou Lotus qui ont déjà lancé des hypercars électriques. Cependant, cela pose une question fondamentale : le marché des supercars est-il prêt à accepter une rupture totale avec la tradition thermique ? La réponse de Lamborghini, basée sur les demandes de ses clients, semble être négative pour le moment.
Cette décision pourrait créer une bifurcation dans l’industrie. D’un côté, les marques nouvelles ou plus orientées vers la technologie opteront pour l’électrique pur. De l’autre, les constructeurs historiques, aux patrimoines émotionnels forts, pourraient privilégier plus longtemps les solutions hybrides, voire investir dans des carburants synthétiques (e-fuels) si la réglementation le permet, pour prolonger la vie de leurs moteurs à combustion. Le choix de Lamborghini est donc un signal fort envoyé aux législateurs et à l’industrie sur la complexité de la transition dans certains segments très spécifiques.
Quel avenir pour le concept Lanzador ?
Le projet de voiture électrique, souvent associé au nom de code « Lanzador » qui correspondait à un concept de GT électrique 2+2 dévoilé plus tôt, est donc mis en suspens indéfini. Les technologies développées pour ce projet pourraient néanmoins être recyclées ou adaptées pour de futures générations de modèles hybrides, notamment en ce qui concerne les systèmes de gestion de batterie, les moteurs électriques ou l’architecture de véhicule. L’investissement n’aura donc pas été totalement vain, mais il se dirigera vers une application différente de celle initialement prévue.
En conclusion, l’abandon du projet de voiture 100% électrique par Lamborghini est bien plus qu’un simple ajustement de gamme. C’est un acte stratégique qui place l’expérience client et l’identité de marque au-dessus d’une transition technologique uniforme. Cela révèle les tensions profondes au sein de l’industrie automobile entre un avenir réglementé et électrifié et la préservation d’un héritage mécanique et émotionnel qui constitue la raison d’être de certaines marques iconiques. La route vers la décarbonation des supercars s’annonce plus sinueuse et plurielle que prévu.
